Un nouvel éclairage sur les produits dérivés complexes
Paris - 2 Septembre 2002 - La capacité à fournir des solutions sur mesure et à forte valeur ajoutée est un facteur concurrentiel décisif pour les banques au service d'une clientèle d'institutionnels et de grandes entreprises. La conception de telles solutions stimule l'innovation financière et se traduit fréquemment par des clauses contractuelles complexes. La mise au point rapide de solutions sur mesure, associée à une maîtrise conjointe des coûts et des risques, constitue un enjeu majeur dans de nombreux métiers de banque de gros.
Selon M. Alvise Munari, le responsable pour l'Europe des produits structurés chez Goldman Sachs à Londres, cité dans le magazine anglais Risk (Juillet 2002, page 22), "le nombre de participants dans le marché des dérivés d'actions exotiques a plus que doublé au cours de l'année écoulée". Un nombre croissant d'établissements financiers est donc confronté au besoin de structurer, de valoriser et de gérer des produits dérivés complexes.
Les produits financiers complexes présentent deux difficultés principales :
- Communication. Les banques et leurs clients ne disposent pas d'un formalisme adapté pour décrire précisément les produits financiers complexes. Les documents en langage naturel (ex : Français, Anglais) échangés par les intervenants sur les marchés de capitaux, tels que les propositions commerciales ou les confirmations, sont souvent incomplets ou ambigus et exposent les banques à des risques juridiques et opérationnels non négligeables. Un mécanisme de description formel des contrats financiers est requis pour améliorer la communication entre les participants et pour "déboguer" les documents en langage naturel qui engagent juridiquement les parties.
- Automatisation des processus. Certains analystes ont observé que l'intensité concurrentielle sur les marchés de capitaux décroissait lorsque le volume des transactions dans une nouvelle catégorie d'instrument financier dépasse un certain seuil. Au-delà, les banques qui n'ont pas automatisé leurs processus de gestion sont confrontées à une augmentation des coûts et du risque opérationnel. Par conséquent, elles s'exposent à une perte de compétitivité et risquent potentiellement de se faire exclure du marché au moment précis où la concurrence se raréfie et les marges s'améliorent. Afin de pouvoir lutter dans un marché qui renforce naturellement la position d'un groupe limité de leaders, une dynamique qualifiée de "winner takes all" en Anglais, les banques doivent automatiser au plus vite la gestion des nouveaux produits. A cette fin, le système d'information doit découpler la définition des produits et les traitements qui leurs sont associés (ex : valorisation, gestion événementielle).
Une solution à ce problème épineux provient de la théorie des langages de programmation, une discipline qui, jusqu'ici, a eu peu d'interactions avec le monde des produits dérivés financiers. Les auteurs du premier papier qui s'inspire de l'étude des langages de programmation pour décrire et gérer les contrats financiers sont Simon Peyton Jones de Microsoft Research à Cambridge (Royaume-Uni), Jean-Marc Eber de LexiFi à Paris et Julian Seward de l'Université de Glasgow. L'article intitulé "Composing contracts: an adventure in financial engineering" (Composition de contrats : une aventure en ingénierie financière) a reçu la distinction de meilleur article EAPLS (European Association for Programming Languages and Systems) décerné à la conférence PLI 2000 (Principles, Logics, and Implementations of High-Level Programming Languages) en septembre 2000 à Montréal.
Un des auteurs, Jean-Marc Eber, avait développé l'idée d'un langage formel de description des contrats financiers pendant près d'une dizaine d'années à la Société Générale à Paris. En avril 2000, M. Eber a fondé LexiFi pour développer le "Modeling Language for Finance" (MLFi), un langage de programmation dédié pour la description de contrats financiers. MLFi a obtenu le prix de logiciel de l'année 2001, décerné par le magazine Risk, une publication influente dans le domaine de la gestion des risques financiers.
MLFi permet de décrire précisément les produits de marchés de capitaux, de crédit et d'épargne les plus sophistiqués. MLFi décrit exhaustivement les contrats financiers à l'aide d'un jeu d'une vingtaine d'éléments de base ou "primitives" qui peuvent être utilisés pour décrire et gérer les produits dérivés les plus complexes. En découplant la définition des contrats et leurs traitements, MLFi simplifie le développement de solutions de structuration, de trading, de back office, de gestion documentaire, de gestion des risques, de commerce électronique, d'intégration applicative (EAI) et d'entrepôts de données.

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